Myspace : deuxième histoire d’horreur virtuelle

Publié le 3 juin 2008 par Béatrice André / Web

Megan avait 13 ans. Elle s’est pendue dans la demeure familiale en novembre 2006. Petite fille à la personnalité fragile, complexée par son surplus de poids, elle pensait vivre une délicieuse romance virtuelle avec un jeune homme de 16 ans.

Leur histoire commence banalement. Même si elle n’a pas encore l’âge légal pour s’ouvrir un compte sur MySpace, Megan contourne cet obstacle facilement puisque rien ne l’oblige à prouver qu’elle a au moins 14 ans. Elle reçoit une demande d’amitié virtuelle d’un charmant garçon prénommé Josh, l’accepte, et ils entretiennent vite une relation par écrit qui lui donne confiance en elle. Pour la première fois de sa vie, elle plaît à quelqu’un. Il est adorable, se dit musicien, garde toutefois une part de mystère. Jamais il ne lui demande son numéro de téléphone. Il serait pourtant tellement plus simple s’ils pouvaient se parler réellement. Quand Megan le lui dit, il lui raconte qu’il n’a pas encore de ligne téléphonique, sa famille venant de déménager.

La vie sourit à Megan. Tous les jours à la sortie de l’école, elle se précipite sur son ordinateur et discute avec son bel ami. Elle rêve probablement en secret d’une histoire d’amour éternelle, d’une vie avec lui, plus tard. Mais tout s’effondre quelques semaines après leur premier échange de messages…

Du jour au lendemain, Josh passe de la romance au mépris. Il lui écrit qu’il sait comment elle traite ses amis, qu’il ne pense pas vouloir encore être le sien. Bouleversée, elle lui demande pourquoi. Josh se fait terriblement cruel envers elle, transfère ses messages à plusieurs de ses amis, qui la démolissent encore davantage en créant des bulletins sur MySpace dans lesquels ils l’insultent, la traitent de grosse. Megan est dévastée ! Ces choses terribles qu’elle lit à son sujet la font plonger profondément. Et lorsque Josh lui écrit que tous les habitants de son village la haïssent, que le monde serait tellement meilleur sans elle, elle s’effondre psychologiquement. Megan monte dans sa chambre et se pend.

Ses parents cherchent bien sûr à retracer Josh, veulent lui faire savoir à quel point ses mots et ses actes ont été dévastateurs. Mais son profil a été supprimé. Quelques semaines plus tard, une voisine leur apprend que Josh n’a jamais existé. Qu’il a été créé de toutes pièces par une personne qui s’est jouée de leur fille. Une gamine frustrée qui n’a pas calculé la portée de son geste puéril ? Non ! Une femme de 47 ans, qui vit à quelques pas de sa jeune victime ! Elle est la mère d’une camarade de Megan. Les deux demoiselles s’étant brouillées, elle a décidé  de tendre un piège à la petite en inventant Josh sur MySpace, espérant qu’elle lui raconterait ce qu’elle pense réellement de sa fille. Mais elle s’est piquée à son propre jeu, s’en est ouverte à d’autres gamins du village qu’elle a incités à participer au démolissage de l’ancienne amie de sa fille. Circonstances extrêmement aggravantes : elle connaissait les problèmes psychologiques de sa jeune victime, qu’elle avait gardée pendant les vacances. Elle savait qu’elle était sous médication pour soigner sa dépression.

L’affaire a fait grand bruit. Elle met en lumière les nombreux cas de vols d’identité ou de faux profils créés dans l’unique but de nuire parfois gratuitement. Plusieurs personnes ont eu la traumatisante surprise de découvrir une page MySpace créée frauduleusement en leur nom, les représentant sous un mauvais jour qui n’est pas le leur, dévoilant leur vie privée, leur numéro de téléphone, leur adresse géographique. Les victimes sont souvent des filles ou des garçons de l’âge de Megan, visées par un complot enfantin orchestré par un môme tout aussi jeune. Des gamineries. Certes. Mais en cette ère virtuelle, leur portée et la rapidité avec laquelle elles se répandent les rendent plus destructrices.

Pour nombres d’internautes, le Web est une source formidable de nouvelles connaissances, d’enrichissement personnel. Pour d’autres, c’est un immense terrain de jeu où tous les coups sont permis. Même mortels. Mais le suicide de la petite Megan pourrait fort bien changer les règles du jeu. Lori Drew, la femme dont le comportement puéril a poussé la jeune fille à se donner la mort, a été formellement inculpée ces derniers jours. Elle risque jusqu’à 20 ans de prison.

En savoir plus : 

 

http://www.nytimes.com/2007/11/28/us/28hoax.html

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